Accéder à une mémoire traumatique inconsciente

Certains traumatismes sont enregistrés dans une mémoire totalement inconsciente, de nature corporelle et émotionnelle. Dès lors, les thérapies purement verbales sont le plus souvent impuissantes à les résoudre.

Il en va ainsi notamment des traumatismes transmis épigénétiquement (1) par les ascendants ou encore de ceux qui datent de la période pré-verbale : traumatisme transmis physiologiquement par la mère qui connait une expérience très douloureuse pendant sa grossesse, accident à la naissance, opération effectuée sur un nourrisson… Et même certains événements traumatiques survenus à l’âge adulte sont totalement frappés d’amnésie.

Les états modifiés de conscience  induits par une activité purement corporelle constituent une voie pour accéder à ces mémoires traumatiques totalement inconscientes afin de les transformer. On peut induire des états modifiés de conscience par biens des moyens, chacun s’accompagnant d’une activité cérébrale et d’une expérience subjective spécifique  : l’hypnose, la méditation, le son d’un tambour, des substances hallucinogènes, des mouvements répétitifs (derviches tourneurs)…. ou encore l’hyperventilation.

respiration holotropique, Strasbourg, ColmarLe principe de la respiration holotropique

La respiration holotropique s’appuie sur une forme d’hyperventilation prolongée qui va induire une forme de transe parfois très profonde.  Cette pratique thérapeutique a été  créée par Stanislav Grof, un des fondateurs de la psychologie transpersonnelle et spécialiste des états modifiés de conscience. Elle repose sur l’observation que notre organisme (comme la Vie en général) présente une tendance naturelle au retour à l’équilibre, à l’auto-guérison lorsque certaines entraves ont été défaites.

La respiration holotropique postule donc que l’hyperventilation va permettre de faire sauter ces entraves et que, dans sa recherche naturelle de retour à l’équilibre, l’organisme va retrouver seul les expériences traumatiques. Si l’inconscient y est disposé, il va  à nouveau exposer le pratiquant au souvenir traumatique mais, cette fois avec une certaine distance et dans un cadre sécurisant ce qui va permettre de libérer sa charge émotionnelle autrement dit, de libérer le patient des séquelles traumatiques physiques et/ou psychologiques.

La séance est précédée d’une phase où il s’agit d’émettre une intention générale (par exemple, se libérer de la culpabilité transmise par un parent qui a commis un meurtre). Allongé sur le sol, le pratiquant va adopter une respiration ample et à un rythme soutenu, accompagné par une musique. Le thérapeute accompagne et favorise tout ce qui se présente (mouvement ou sons émis par le pratiquant) en apportant un contact sécurisant et soutenant.

Les effets de cette respiration varient totalement d’un individu à l’autre; ils sont fonction de la biologie, de l’histoire personnelle et des besoins du pratiquant. Parfois, la phase d’hyperventilation est suivi d’une phase d’écriture ou de dessin de mandalas pour favoriser l’expression de ce qui a été vécu.

Les pratiquants décrivent fréquemment des expériences péri-natales ou transpersonnelles, liées au vécu d’ascendants. Les résultats sont parfois spectaculaires, se traduisant souvent par le ressenti d’une profonde libération corporelle et émotionnelle.

Les atouts de cette approche

La plupart des formes de psychothérapie suppose une exposition volontaire, plus ou moins intense, à des pensées, discours, images, ou émotions en lien avec le trouble rencontré. Mais parfois le patient est totalement coupé de ses ressentis, montre un évitement profond à toute expérience intérieure et le recours à ces approches est alors impossible. Dans la respiration holotropique, on se contente de respirer et de laisser faire corps. C’est donc une alternative possible pour prendre en charge ces cas difficiles. Enfin, cette pratique a l’avantage d’être totalement non directive : le thérapeute ne peut donc pas projeter – malgré lui – ses désirs, ses peurs, ou encore sa conception de la vie sur son patient. Et ce dernier ne s’en portera que mieux.

Quelques contre-indications

Beaucoup de légendes circulent à propos de la respiration holotropique, sans doute en raison des comportements parfois étonnants, pour des non-initiés, que les pratiquants peuvent montrer sous l’effet de l’hyperventilation. Pour autant, il n’y a pas plus de danger à pratiquer la respiration holotropique qu’à fréquenter une salle de fitness. Les contre-indications sont assez évidentes. On notera principalement les affections suivantes : infarctus, angine de poitrine, trouble du rythme cardiaque, hypertension artérielle sévère, épilepsie, glaucome.

(1) L’épigénétique est la science qui s’intéresse à l’effet de l’environnement sur l’expression des gènes.