Cet article vise à vous présenter les 7 clefs pour vous libérer durablement du traumatisme psychique.
Je vais commencer par vous expliquez le mécanisme par lequel s’installe la traumatisation.
Puis nous balaierons les principaux facteurs de risque (les sources) et facteurs de maintien du traumatisme. Vous comprendrez alors pourquoi, face à une même expérience douloureuse, certaines personnes en ressortent traumatisées et d’autres pas. Enfin, vous découvrirez les facteurs-clefs de succès d’un accompagnement thérapeutique qui libère profondément et durablement des séquelles du trauma.
Pourquoi y a-t-il traumatisation ?
Le souvenir douloureux mais normal
Dans la plupart des cas, lors de la confrontation à une expérience douloureuse, une agression par exemple, le système nerveux autonome du sujet réagit de façon adapté, par exemple en augmentant le niveau d’énergie pour faire face à la menace. Le cerveau traite alors toutes les composantes de l’expérience: il y a des informations sensorielles, motrices, émotionnelles ou encore cognitives (pensées, croyances) qui sont mémorisées et forme une synthèse. Toutes les informations sont corrélées.

Dans ce cas, il n’y aura pas de traumatisme. La synthèse va être mémorisée sous la forme d’un puzzle complet (c’est une image), cohérent, où toutes les pièces se jouxtent et communiquent. Mon cerveau peut interpréter ce souvenir, lui donner du sens.
Le souvenir traumatique
Si l’expérience débouche sur un traumatisme, c’est qu’il se passe autre chose : la menace est perçu par l’individu comme insurmontable, submergeante. Son système nerveux autonome est comme un entonnoir qui ne parvient plus à canaliser l’intégralité d’un flux de liquide. Il bascule en mode défensif et entre dans un état critique d’hyperactivation du système Sympathique (l’accélérateur du mon système nerveux autonome) ou d’hyperactivation Dorsale (le nerf vague dorsal est le frein de mon système nerveux autonome). Conséquence : dans les deux cas, le cerveau dysfonctionne : le traitement de l’information est perturbé. Seules certaines aires cérébrales sont normalement actives et les capacités d’intégration du cerveau sont donc altérées.
Le cerveau ne peut alors pas former une synthèse de toutes les informations. Le souvenir va s’enregistrer sous une forme fragmentée, sans narration cohérente. Certaines pièces du puzzle sont dissociées. Ultérieurement, mon cerveau aura des difficultés à interpréter normalement cette expérience mémorisée : cela explique les flashbacks (réactivation sensorielle pure, sans contexte temporel) ou encore l’alexithymie (difficulté à mettre des mots sur les émotions).
Le SSPT Sympathique
Dans certains cas, au moment de l’expérience traumatique, le cortex préfrontal est partiellement désactivé (Cf. schéma ci-dessous) alors que les aires sensorielles, motrices ou émotionnelles restent activent. Après l’expérience douloureuse, le sujet va alors probablement connaître un SSPT Sympathique (Syndrome de Stress Post Traumatique). Ce syndrome se caractérise par une hyperactivation du système Sympathique (l’accélérateur) avec présence des tendances suivantes :
- hypervigilance (je suis, malgré moi, à l’affut des menaces),
- fréquence cardiaque élevée ou épisodes de tachycardie,
- tonus musculaire excessif,
- tendance à la constipation (éventuellement avec des épisodes de débâcle diarrhéique),
- flashbacks (souvenirs intrusifs : pensées, images, sensations, émotions ou mouvements dérivés du souvenir traumatique et qui font irruption dans mon quotidien),
- évitement (stratégies inconscientes pour éviter pensées, sensations, émotions dérivées du trauma).

Le SSPT Dorsal
Dans d’autres cas, ce sont les aires sensorielles, motrices ou émotionnelles qui sont partiellement désactivées alors que le cortex préfrontal continue à fonctionner normalement (cf. schéma ci-dessous). Après l’expérience douloureuse, le sujet va alors probablement connaître un SSPT Dorsal. Ce syndrome se caractérise par une hyperactivation du nerf vague dorsal (le frein du système nerveux autonome) avec présence des tendances suivantes :
- anesthésie sensorielle ou émotionnelle,
- fréquence cardiaque basse,
- faible tonus musculaire,
- tendance à la diarrhée,
- capacités cognitives amoindries (brouillard mental),
- faible niveau d’énergie,
- présence éventuelle de symptômes dissociatifs (amnésie, déréalisation, dépersonnalisation, conscience corporelle affaiblie…).

Quelles sont les conséquences pour la personne traumatisée ?
Des réactions inadaptées
Suite à cette traumatisation, la victime peut connaître des réactions inadaptées. Dans certaines circonstances, lorsque se présentent des stimuli qui ont une parenté avec ceux qui étaient présent au moment du trauma (l’expérience douloureuse), elle va revivre partiellement cette expérience traumatique.
Sans qu’elle ne comprenne ce qui se passe, elle va ressentir des sensations, des émotions, être assaillies par des pensées involontaires ou subir des mouvements intempestifs qui sont en fait, des fragments de l’expérience traumatique (des pièces du puzzle qui sont dissociées du tout) qui se manifestent hors de tout contrôle. Les réseaux neuronaux qui sous-tendent la mémoire traumatique ont été activés, déclenchés par les stimuli.
Ces réactions sont des automatismes neurobiologiques sur lesquelles le cognitif (la réflexion, la volonté) n’a le plus souvent aucune prise. D’où la faible efficacité d’une thérapie qui serait uniquement verbale ou cognitivo-comportementale sur ce type de trouble.
Des capacités d’apprentissage dégradées
Autre conséquence fréquente du traumatisme : les capacités d’intégration de la personne, autrement dit ses capacités d’apprentissage sensori-moteur, émotionnel ou cognitif peuvent être durablement altérées . On peut alors observer :
- des tendances dysfonctionnelles : une tendance à penser, à ressentir, à agir d’une façon inadaptée, dérivée du trauma.
- des difficultés à apprendre, à intégrer la nouveauté, à changer au gré de mes expériences comme si j’étais sous l’emprise d’un programme qui se déclenche dès mon réveil et ne se réactualise plus au fil de mes expériences.
Faut-il que j’apprenne à gérer les symptômes post-traumatiques ?
Sachez tout de suite que la solution n’est pas de « gérer » ces phénomènes ou de « vivre avec » comme on l’entend parfois. Il faut agir au plus vite car il est bien rare que les symptômes s’estompent avec le temps. Bien au contraire. Sous l’effet de la répétitions des déclenchements – ces moments qui produisent une reviviscence partielle de l’expérience traumatique – les réseaux neuronaux qui sont activés ont tendance à se renforcer et les symptômes à se chroniciser. C’est un apprentissage négatif. Pour traiter efficacement le psychotraumatisme, il faut recourir à :
- une combinaison d’approches thérapeutiques,
- permettant d’agir à la fois sur le corps et le cerveau,
- et traiter la source de mon SSPT (pas seulement agir sur les symptômes) pour obtenir des résultats durables, autrement dit transformer la mémoire traumatique.
Quelles sont les facteurs de risque et de maintien ?
Des facteurs de risque
Ce n’est pas la nature de l’événement douloureux qui fait le traumatisme. Plusieurs personnes soumises au même événement connaîtront des réactions différentes, certaines développant un traumatisme alors que d’autres continueront à vivre sans perturbation notable. Pourquoi ? Parce que le terrain physique et psychologique sur lequel survient l’événement douloureux est déterminant. Le plus souvent, lorsque le sujet développe un psycho-traumatisme c’est qu’il présentait des facteurs de risque. En voici les principaux.
Traumas complexes préalables La probabilité que la personne confrontée à un événement douloureux développe un traumatisme psychique est augmentée si elle présentait préalablement un traumatisme dit « complexe ». Ce type de traumatisme est en lien le plus souvent avec le contexte dans lequel un enfant a grandi et surtout, le type de relation qu’il a développé avec ses figures d’attachement : une relation de longue durée avec un parent dysfonctionnel, maltraitant, négligeant ? Par exemple une mère qui ne touche jamais son nourrisson, ou surprotectrice, hyper-exigeante, très anxieuse ou dépressive…
Traumas simples préalables Les traumas simples (ou événementiels) que la personne a déjà subit dans sa vie (accident à la naissance, opération en bas âge, agression…) augmente la probabilité d’une traumatisation lorsqu’elle sera exposée à un nouvel événement douloureux. Même des traumas légers mais répétés, sur de longues périodes, vont augmenter le risque d’une nouvelle traumatisation.
Croyances limitantes Les traumas simples et complexes vont engendrer des croyances limitantes, souvent inconscientes et des peurs diffuses associées qui peuvent contribuer très largement à la traumatisation. Par exemple, un enfant grandi dans un milieu familial ou il développe une très forte croyance limitante : « la valeur d’un être humain et le respect qui lui est dû dépendent de sa réussite matérielle ». A l’âge adulte, il ressort traumatisé de son licenciement et incapable de rebondir. Pour lui, ce n’est pas seulement un accident douloureux de sa vie professionnelle, c’est sa valeur en tant qu’être humain qui est lourdement affectée. Sa croyance a amplifié l’impact de l’événement jusqu’à produire un traumatisme.
Syndrome de dysrégulation autonomique Les traumas complexes et simples altèrent fréquemment les capacités de régulation du système nerveux autonome. Celui-ci joue un rôle clef dans la plupart des fonctions physiologiques inconscientes : fréquence cardiaque, température corporelle, transit intestinal, tonus musculaire, immunité… Dès lors, lorsque le sujet sera confronté à une menace, son système nerveux autonome aura tendance à entrer plus vite dans un état critique d’hyper ou d’hypo activation, augmentant ainsi la probabilité d’une nouvelle traumatisation.
Troubles anxieux Les personnes souffrant de troubles anxieux préexistants (hyperactivité, anxiété généralisée, attaques de panique, phobies, TOC) présentent un risque plus élevé de développer un traumatisme après avoir été confrontées à un événement douloureux. En effet, ces personnes présentent le plus souvent une régulation autonomique (neurovégétative) altérée, une sensibilité accrue au stress, une hyperréactivité de l’amygdale (centre de la peur) et une régulation inadéquate de la réponse émotionnelle. Toutes ces caractéristiques rendront plus difficile l’adaptation à un choc psychologique.
Faible soutien social Les personnes socialement isolées sont plus susceptibles de développer un traumatisme car elle ne peuvent pas compter sur le soutien de leur proches pour bénéficier d’un réconfort, d’une écoute empathique, partager leur questionnement (Pourquoi a-t-il fait cela ? Pourquoi moi ? L’ai-je mérité ?) et prendre du recul sur l’événement (Tu n’as pas à te sentir coupable. C’est toi la victime !).

Des facteurs de maintien
Les facteurs de maintien sont les conditions qui contribuent à entretenir le syndrome.
Déséquilibres musculo-squelettiques : des tensions dans la musculature profonde ou encore des problèmes de posture adressent en permanence à mon système nerveux autonome des informations qu’il interprète comme une menace. Dès lors, il se place de façon chronique dans un état défensif (hyperactivation Sympathique ou Dorsale) qui va primer sur toutes autres préoccupations et limiter grandement mes capacités de récupération, capacités d’apprentissage ou encore mon engagement social. Les déséquilibres musculo-squelettiques peuvent donc constituer de puissants facteurs de maintien des smptômes post-traumatiques et compromettre toute évolution au niveau psychologique (émotions, pensées).
Déséquilibres biochimiques : Les neurotransmetteurs (Gaba, sérotonine, dopamine…) sont des produits qui agissent à la jonction entre deux neurones et qui déterminent largement mes pensées, émotions (joie, peur…), sensations et réactions. Des déficits de certains neurotransmetteurs peuvent constituer de puissants facteurs de maintien de mon traumatisme et compromettre toute évolution au niveau psychologique.
Stress cumulatif : pression constante, sur de nombreuses années, liée à l’activité professionnelle ou à un conjoint agressif….
Habitudes alimentaires : excès d’excitants, de sucre, absence de protéines au petit-déjeuner…
Mode de vie : manque de sommeil, charge de travail excessive, absence de relations sociales…
Emotions réprimées : une colère permanente à l’égard de cette mère qui ne m’a jamais prise dans ses bras…
Traitement du traumatisme psychique : les clefs de l’efficacité
CLEF N°1 : Une combinaison de méthodes thérapeutiques pour agir sur tous les facteurs impliqués dans mon trouble
On l’a évoqué tout à l’heure : les causes et facteurs de risques sont multiples. Pour être efficace, il faudra agir sur ces différents facteurs : vos habitudes de vie ( sommeil, phase de repos ..?) qui peuvent entretenir vos troubles, votre alimentation, votre corps (état de mon système nerveux autonome, motricité, posture, tensions dans la musculature profonde…?), vos émotions, vos comportements, pensées. Et aucune forme de thérapie ne permet à elle seule d’agir sur toutes ces dimensions de votre être.
Pour être efficace, il faudra donc utiliser une combinaison d’approches thérapeutiques permettant de mener une action à la fois sur les facteurs physiques et les facteurs psychologiques.
CLEF N°2 : Réduire rapidement les symptômes par une action sur le système nerveux autonome
Vous avez sans doute observé que lorsque la tristesse, la honte, la colère ou l’anxiété est là, il ne suffit pas de se dire, par exemple :« tu n’as aucune raison d’avoir peur! ». Cette émotion envahissante est un automatisme neurobiologique que mes processus conscients, mon mental, sont impuissants à contrôler. Il faut tout d’abord rééquilibrer le terrain, c’est à dire rééduquer le système nerveux autonome (SNA) qui, suite à un traumatisme, est le plus souvent dans un état de déséquilibre prononcé (une mauvaise régulation).
La plupart des troubles physiques (tachycardie, tensions musculaires, troubles du sommeil…) et psychologiques que j’expérimente sont le fruit de ce déséquilibre. Dès lors, des pratiques répétées améliorant le tonus du régulateur de mon SNA peuvent rapidement améliorer mon état général.
CLEF N°3 : Défaire les situations de crise avec des protocoles d’urgence
Sous l’effet de certaines situations, un endroit très fréquenté, le timbre d’une voix ou encore une odeur j’entre peut être dans un état de déstabilisation et d’angoisse prononcée où par exemple, ma fréquence cardiaque augmentent, ma respiration devient difficile, je ressens un vertige ou je me mets à transpirer… Il va falloir que j’apprenne des techniques permettant de mettre fin à ces états critiques qui entretiennent, voire renforcent au fil du temps mon anxiété, mes pensées obsédantes et mes troubles physiques.
CLEF N°4 : Intervenir à la source de vos troubles pour des résultats profonds et durables
Je suppose que vous ne souhaitez pas passer votre vie à éteindre des incendies avec des pratiques ou des produits. Pour trouver durablement le bien être, il sera indispensable d’agir à la source de vos troubles. Autrement dit, il faudra identifier et transformer la mémoire qu’a laissé en vous certaines expériences douloureuses du passé. Il peut s’agir d’expériences ponctuelles (comme une agression, un décès…) où des expériences durables comme un déficit de soins affectifs dans l’enfance.
CLEF N°5 : Mobiliser autant votre corps que votre cerveau
Les expériences douloureuses du passé qui sous-tendent mes symptômes d’aujourd’hui sont enregistrées dans une mémoire essentiellement inconsciente et de nature corporelle (sensorielle et motrice). Il faudra donc mobiliser le corps pour transformer cette mémoire et produire des changements au niveau émotionnel et cognitif (mental). On ne peut aucunement venir à bout des mémoires douloureuses avec une approche exclusivement cognitive autrement dit avec une thérapie strictement verbale, par le seul dialogue avec un thérapeute.
CLEF N°6 : Tenir compte de vos spécificités physiques et psychologiques
Un marin ne peut pas tracer un cap vers sa destination s’il est incapable de faire un point, autrement dit s’il ne sait pas déterminer sa position. Quelle qu’elle soit, la thérapie dans laquelle vous allez vous engager devra donc reposer sur une évaluation de vos spécificités : que se passe t’il en vous sur un plan neurovégétatif (SNA), sensoriel, musculo-squelettique (posture, motricité, conscience corporelle), émotionnel, cognitif (pensée, croyances, capacité d’attention, mémorisation), comportemental, existentiel. C’est seulement sur la base de cette évaluation que le thérapeute pourra élaborer une stratégie thérapeutique efficace.
CLEF N°7 : Soutenir en permanence votre motivation à pratiquer
Même si la compréhension des phénomènes et des mécanismes est utile, elle n’est en rien suffisante. La science nous indique que la transformation est un apprentissage et que cet apprentissage ne s’installe que sous l’effet de pratiques répétées . Seule la répétition peut pérenniser les nouveaux réseaux neuronaux qui sous-tendent le changement. Il vous faut donc vous engager dans un accompagnement thérapeutique pensé et outillé pour soutenir votre motivation à pratiquer.
Philippe Coat
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